Face au Covid-19, « En Guadeloupe, on ne réanimait pas les plus de 50 ans »

« On a tout plaqué du jour au lendemain. On a sauté dans un train et dans un avion ! »

« On a vu des patients de 30 ans mourir dans des couloirs car ils avaient trop d’antécédents… C’est triste car en métropole, on aurait pu les sauver ! »

Il y a des aventures qui marquent une vie. Celle, à caractère humanitaire avant tout, de Charlotte Meslay et Coleen Faure, en Guadeloupe, pour soutenir les équipes médicales en crise sur place, fac à la progression de la pandémie de Covid-19, à la fin de l’été, en fait partie.

Âgées de 26 et 27 ans, les deux infirmières du Centre hospitalier intercommunal d’Alençon-Mamers (Chicam) (Orne) n’ont pas hésité longtemps, après l’appel à la solidarité d’Olivier Véran, le ministre de la Santé, le 8 août. (Photo : L’orne hebdo)

« Tout s’est fait rapidement. On n’a pas le temps de réagir, il y a plein d’émotion qui se mêle l’excitation et l’appréhension », explique Coleen Faure.

Le premier voyage humanitaire

Le 20 août, Charlotte Meslay a pris son envol, pour sa première mission humanitaire. Elle a, pendant trois semaines, soit jusqu’au 12 septembre œuvré au CHU de Pointe-à-Pitre.

Après les premiers retours de son amie, Coleen Faure, à son tour, n’a pas tardé à mettre ses deux pieds dans l’avion.

« Elle m’a dit que je pourrais aider donc j’ai foncé ! Je suis parti le 28 août pour aider dans une clinique privée à Saint-François et je suis revenu le 11 septembre. Contrairement à Charlotte, je n’avais pas pour projet de faire de l’humanitaire mais là j’étais partante », précise Coleen Faure.

Un tri de patients

« C’est la France, mais sans être la France ! » De l’autre côté de l’Atlantique, elles ont fait leur métier dans une situation « dix fois » plus critique, que la pire qu’elles ont connue en France, au Chicam.

« Les services de réanimations étaient pleins. On en créait d’autres avec les moyens qu’on avait sur place », affirme Charlotte Meslay.

« Dans la Cafétéria, dans les chambres de consultations… Où il y avait un petit espace, on mettait un lit… », complète son amie.

Il a fallu faire un tri de patients. Au-dessus de 50 ans, on ne réanimait pas. Même les jeunes qui avaient trop de comorbidités n’étaient pas réanimés. On a vu des patients de 30 ans mourir dans des couloirs car ils avaient trop d’antécédents… C’est triste car en métropole, on aurait pu les sauver ! Coleen FaureInfirmière au Chicam

Difficile moralement

Marquée émotionnellement, Charlotte Meslay, pour qui le retour à la routine métropolitaine a pris du temps, témoigne des moments difficiles.

« Les premiers jours, l’afflux de patients était impressionnant. Il n’y avait pas assez d’oxygène pour tout le monde, on les partageait entre les patients. Quand on voyait les trentenaires décédés, c’était dur. On se dit, ça peut être nos amis, ils sont de notre génération. À la fin d’une journée éprouvante, je me suis dit : « Mais pourquoi j’ai prolongé d’une semaine ? Ça m’a traversé l’esprit mais au final c’est quelque chose que je ne regrette absolument pas. »

Les deux infirmières du Chicam n’ont, pour autant, rien eu à redire envers les personnes passées dans leurs établissements.

« Les patients étaient très conciliants, ça m’a marquée. Ils attendaient et ne disaient rien, on ne retrouve pas ça en métropole. Ce n’est pas du tout le même état d’esprit. On avait envie de respirer pour eux quand on les voyait dans leurs lits », assure Charlotte Meslay.

Une vaccination tabou

Si tous les services comportaient des citoyens contaminés, aucun citoyen présent dans les différents établissement ne se vantait d’avoir été vacciné.

En Guadeloupe, la vaccination c’est tabou, plus qu’en France. Si les locaux n’en parlaient pas, on ne disait rien. Les médecins et soignants ne sont pas vaccinés.Coleen Faure Infirmière au Chicam

« C’est frustrant car, comme nous, ils voyaient ce qu’il se passait dans tous les services. Et pourtant, il n’y avait pas de réaction », déplore Charlotte Meslay. « Dans les couloirs, il y avait des affiches contre la vaccination », évoque l’infirmière.

Marquée, elle a pris le temps d’en prendre deux en photo, sur lesquelles est inscrit : « Pas des cobayes #covid19 » et « Journée d’information de mobilisation et de lutte contre la dictature sanitaire et l’obligation vaccinale », signé l’Union des travailleurs de la santé.

Dans sa Clinique, ouverte pour soulager le CHU de Pointe-à-Pitre, Coleen Faure a même subi la véhémence des manifestants.

Un jeudi, ils ont bloqué l’entrée de la clinique, on ne pouvait pas aller travailler. Alors dans un premier temps, on a été contraint de rentrer chez nous. On se posait plein de questions, on était en contact direct avec l’ARS qui nous disait de pas bouger. Mais notre côté infirmières a pris le dessus. La direction de l’hôpital nous a escorté, et on a finalement pu prendre notre poste.Coleen Faure Infirmière à l’hôpital d’Alençon

Une incompréhension pour les deux Alençonnaises, dont l’obligation vaccinale avait été mentionnée pour partir.

« Ils sont totalement dans le déni de cette maladie-là. Certains ont même créé leur propre remède : une tisane à base de plantes et d’épices », se souvient Charlotte Meslay.

Un bilan positif

Malgré des périodes difficiles, Charlotte Meslay et Coleen Faure ressortent grandies de cette aventure.

« Je ne pense pas que cela sera possible à cause de notre travail, car on est déjà en manque d’effectif, mais si on pouvait, on repartirait tout de suite. C’était une très bonne expérience professionnellement et humainement. Très enrichissant, on retient que du positif. On a pu aider à notre échelle », déclare Coleen.

Sur place, elles ont pu rencontrer d’autres infirmières venues de France.

J’étais logée dans un hôtel avec 60 autres Français. Sur le plan humain, c’est fantastique. On lie des amitiés et des affinités avec des personnes qu’on ne connaissait pas avant de partir.Charlotte MeslayInfirmière au Chicam

Elle ajoute : « Je voulais m’investir dans l’humanitaire avant cette aventure et elle n’a fait que renforcer mon envie. »

Soutenues par leurs familles, qui réussissaient tant bien que mal à garder le lien, elles garderont un tas de souvenirs dans leurs têtes.

« Ça restera au fond de nous, ça fait partie de notre histoire », conclut Coleen Faure.

actu.fr – l’orne hebdo

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