La Transat Jacques Vabre : Le commerce triangulaire magnifié en défi sportif.

La Transat Jacques Vabre est née d’une volonté commune à la marque et à la ville du Havre de faire revivre cette route des Hommes réduits en esclaves dite aujourd’hui Route du Café. Cette route qu’empruntaient les voiliers marchands du XVIIe pour relier le port du Havre aux pays producteurs de café en Amérique du Sud.
La société Jacques Vabre est exploitée par la société française Jacobs Douwe Egberts FR qui réalise la torréfaction et la commercialisation du café dans une usine certifiée ISO 14001, à Lavérune, près de Montpellier.
La transat Jacques Vabre est une course à la voile en duo créée en 1993 et se dispute tous les deux ans. Le départ a toujours été donné au havre. Les éditions précédentes ont été accueillies au Brésil, Colombie et au Costa-Rica. Cette année l’arrivée est prévue en Martinique
L’épreuve appartient à une société commune créée par la ville du havre et la société Jacques Vabre (groupe JDE France). Jacques Vabre est une marque française, appartenant à la société américaine « Kraft Foods France Intellectual Property ».

Une participation non négligeable de fonds publics
Le budget de la précédente édition a été estimée à 3 millions d’euros (source Sporsoral), soit 32% d’augmentation par rapport à l’édition de 2017. La répartition des ressources était la suivante : Collectivités environ 1,6 M€ (48%), partenariats environ 1,1M€ (33%), inscription 615 600€ (19%).
Un tiers des sponsors de la Transat Jacques Vabre viennent de la finance. Tout sauf un hasard, le monde de la banque et de l’assurance est très présent dans la course. Sur les 21 voiliers plus d’un tiers arborera des voiles floquées en leur nom. Pour ces sponsors, la voile offre un retour sur investissement imbattable. Avec une médiatisation visuelle à outrance, la notoriété est assurée et à moindre frais.

Une aubaine pour la finance
Le ticket d’entrée démarre autour de 200.000 euros et monte jusqu’à 5 ou 6 millions d’euros. Ces sociétés d’assurances et de banques déboursent environ 2 millions d’euros par an, « cela représente 1,50 euro par sociétaire et par an », explique le directeur général d’une grande société d’assurance présente en Martinique. Ce qui est peu au regard du gain de notoriété. La voile est l’un des rares sports où l’équipe a le nom du sponsor. « On parle du bateau de telle assurance ou de telle banque…, le nom de votre entreprise est cité ». « Les reportages média vous citent plusieurs fois par jour même si vous n’êtes pas parmi les premiers » renchérie un spécialiste de sport/business.
C’est avant tout une affaire de gros sous. Nos dirigeants martiniquais sont loin de la réalité quand ils nous parlent de visibilité de la Martinique à l’internationale.

Que devient le projet martiniquais de la filière café ?
On se souvient de toutes ces palabres de développement endogènes etc…ou le CIRAD (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement) décide de porter un projet de création d’une filière de culture de café d’excellence en Martinique. C’est la variété Arabica Typica, qui a été choisie pour des raisons historiques,
Pour cela, le CIRAD a mis en place dès 2014 une analyse sur un échantillon de 400 feuilles dont l’ADN a été identifié. Puis Un champ a été mis à disposition par le Parc Naturel Régional (de l’époque) au Jardin Emeraude sur la route du Morne-Rouge. Un échantillon d’une vingtaine de producteurs a reçu les 10 000 premières boutures en 2017. Ils ont été accompagnés par des professionnels et des scientifiques. Géographiquement, le choix s’est porté sur trois zones : Morne Vert, Fond Saint Denis et Bellefontaine.
Il a été aussi prévu en 2015 la formation d’un technicien du Parc Naturel de la Martinique au Costa Rica à la technique de mini-bouturage sur caféier, grâce au partenariat CIRAD/ECOM. Une première tranche de 4 ha de plantation a débuté en 2017 avec 10 planteurs et une trentaine de planteurs sont impliqués dans cette nouvelle filière café. Le potentiel filière café en Martinique est évalué à 50 à 100 hectares.
Enfin, en 2020 il était prévu de communiquer par des produits labellisés, des parcours touristiques, des musées. Le but est de valoriser la filière caféiculture. Des clients américains et japonais seraient déjà engagés pour l’achat de 30 % de la production. Le lancement du label devrait se faire lors des Jeux Olympiques de Tokyo en 2020. Sur ces aspects : aucunes nouvelles.

Une mise à mort des entreprises Martiniquaise de café
Le café est en France la boisson la plus consommée après l’eau. On n’a pas de mal à imaginer qu’en Martinique on n’avoisine le même taux de consommation. Il y a donc un vrai marché pour que des entreprises à la recherche de profits toujours plus importants s’y intéressent. Quel est le vrai but poursuivi par les promoteurs de la « Transat Jacques Vabre » ?
Nous n’avons aucun doute sur la puissance marketing de cette multinationale qui saura faire aux martiniquais déguster son café et les mettre en état d’addiction de café jacques Vabre.
Une fois cette Transat terminée, il sera plus simple d’importer des capsules de café jacques Vabre que de s’échiner à planter et torréfier du café martiniquais pour faire vivre les 17 entreprises de torréfaction en Martinique, dont les plus emblématiques sont la « Tivolienne » et « Café Réo ». Nous avons bien remarqué que la grande distribution est aux premiers rangs dans le partenariat. Outre ce drame de la falsification de l’histoire, s’ajoute une fois de plus la question du rôle de nos élus et de nos institutions installées dans l’opportunisme a tout va, pourvu que sa mousse.
Hélas aux anciens on en a superposé d’autres soi-disant meilleurs, mais on constate qu’en général ils font très bon ménage avec l’état d’esprit des anciens et que cela se fait au détriment des intérêts des Martiniquais. Il s’est établi dans cet entre-soi de l’héritage, un circuit de bons et loyaux services et de complicité.

De la vente d’êtres humains à la vente de produits financiers.
L’importation du café au Havre est un commerce qui fête ses 300 ans en 2021 (1720-2021). L’association « Havre Mémoires & Partages » rappelle dans un écrit les ficelles tachées de sang qui lient la cité océane aux négociants esclavagistes havrais. Sous le règne de Louis XV, la ville du Havre a construit avec le café un lien de premier plan, commercial et mondial, faisant la fortune de colons négriers havrais tels : Colombel, Begouen-Demaux, Fouache ou encore Eyries. Aujourd’hui encore, les plants de la filière caféicole d’Arabica Typica qui poussent en Martinique, sont issus du plant de café de Gabriel de Clieu. Si le produit a connu une formidable expansion, il illustre aussi l’histoire sombre de l’esclavagisme.
On peut rappeler qu’au 18e siècle il ne s’agissait pas seulement d’aller directement au Brésil pour y acheter le café issu de plants que les colons Portugais avaient volé quelques années plus tôt à la Guyane. La coutume de l’époque consistait à passer par l’Afrique pour y échanger des « esclaves » contre quelques pacotilles. Ensuite de les emmener sur le continent américain pour les vendre au service des plantations, et de revenir vers Le Havre, les cales chargées du précieux Arabica destiné à émoustiller les papilles gustatives des blancs. Evidemment, l’histoire racontée dans les médias par les organisateurs s’affranchit des souvenirs de cette tragédie et oublie les atrocités du commerce triangulaire pour ne garder que le goût festif de l’aventure, et du défi sportif.

Le triangle de navigation
Le triangle de l’époque répondait à des exigences de navigation autant que commerciales. Les voiliers se laissait porter par les alizés le long du Portugal et des côtes africaines, jusqu’aux pays bordant le golfe de Guinée. De là, après avoir embarqué les « esclaves », ils repartaient vers les côtes brésiliennes.
Les conditions de vie au cours de cette étape étaient terriblement inhumaines parce qu’il fallait, avant de retrouver l’alizé de l’Atlantique Sud, traverser le « Pot-au-Noir ». Cette zone aux calmes aléatoires et durables où les négriers profitaient pour jeter par-dessus bord ce qu’ils considéraient comme de la marchandise contaminée, y compris des hommes malades. Bien entendu une hypothèse très controversée.
Il ne fallait donc tomber ni dans les calmes ni sous les grains trop violents. Les grands voiliers pouvaient rester immobilisés des jours, peut-être des semaines, dans la chaleur et la moiteur tropicale. La traversée pouvait alors durer deux mois.
Aujourd’hui les performances des bateaux de course permettent de ne pas rester englué trop longtemps dans les calmes plats et la traversée de cette partie de la route ne dure alors que rarement plus de deux jours.

Voilà ce qu’on nous demande d’applaudir
« J’ai parlé de contact.
Entre colonisateur et colonisé, il n’y a de place que pour la corvée, l’intimidation, la pression, la police, l’impôt, le vol, le viol, les cultures obligatoires, le mépris, la méfiance, la morgue, la suffisance, la muflerie, des élites décérébrées, des masses avilies. »
Aimé Césaire : Discours sur le colonialisme.

En réalité la Transat Jacques Vabre n’a que de lointains rapports avec la réalité des courses du 17-ème siècle qui devaient transporter rapidement des denrées périssables et des Hommes réduits en esclaves. Jacques Vabre a acheté le nom d’une Transat qui se veut être la « Route du Café ». En fait ce n’est qu’une magnificence d’un épisode de la traite négrière en défi sportif. Le phantasme d’une société française qui a du mal à assumer son passé esclavagiste et colonialiste, et qui préfère naviguer dans le mensonge. C’est d’une telle ignominie que de ne garder qu’une partie de l’histoire.
C’est transformer un triangle en une ligne.

Jeff Lafontaine

(8 commentaires)

  1. Et si au contraire, la notoriété du café martiniquais s’en trouvait accrue… Il faudrait juste que la Martinique promeuve son café dans des opérations de communication sous les projecteurs de la course. Jacques Vabre, à mon avis, n’attend même pas un retour ponctuel sur investissement mais une image de la marque très positive qui se conjugue sur des années. Même chose pour la ville du Havre. Raisonnons en termes d’images, et faisons en sorte que ce soit aussi efficace qu’une candidature martiniquaise à l’UNESCO. La Martinique peut faire de même avec son café comme elle le fait depuis longtemps avec son rhum : devenir un must, une référence de qualité. Quant au contexte historique, vous assimilez une course de voiliers à une réminiscence de la traite négrière pour mieux la dénigrer. Dans ce cas, vous devez appeler sans attendre au boycott des voitures VW, entreprise créée par les nazis et dont les camions militaires transportaient des prisonniers, des résistants, des juifs, des tsiganes et des noirs vers les camps.

    1. Cette Transat est une apologie de crimes contre l’Humanité ! Pas un mot lors de cette compétition sur cette page de l’Histoire qu’a été la traite des noirs et nos bouffons d’élus qui se disent, héritiers de Césaire acceptent le projet tel quel. Or c’est bien grâce à cela Quelles retombés pour la Martinique? Oui quelques jours de visibilité et puis basta.Alors qu’au titre des réparations nous ne devions rien débourser, la CTM a mis sur la table 1,6M d’euros. Frnachement qu’elle hérésie!

      1. Allons y sans modération Jojo : les marins et les organisateurs sont une apologie de crimes contre l’humanité. Vous n’y allez pas avec le dos de la cuiller, mais plus c’est gros plus ça peut passer (technique populiste des Le Pen, Zemour et consorts)
        Alors revenons aux bases : une apologie (définition Larousse) est un discours, un écrit qui fait l’éloge, ou la justification de quelque chose.
        Une traversée de l’Atlantique ne peut pas être une apologie de quoi que ce soit, ce n’est pas un écrit, un discours.
        Allez-vous cesser d’adopter cette posture de victimisation permanente sur une histoire certes honteuse mais ancienne ? Ma mère a vécu l’invasion nazie, infâme, les tickets de rationnement. C’est de l’histoire récente, plus récente que cellle à laquelle le peuple martiniquais fait référence pour expliquer le bourbier dans lequel on est. Ma mère m’a encouragé à étudier l’allemand, m’envoyé en Allemagne chez mon correspondant scolaire pour tirer un trait sur cette histoire, sans l’oublier, et pour créer des amitiés franco-allemandes. Jamais elle n’a ressassé de rancœur face au descendants de nazis qui ne sont en rien responsables des agissements de leurs ancêtres.
        Voyez plutôt en cette transat un fabuleux exploit sportif, technologique, une vitrine élogieuse pour la Martinique (sauf que les mouvement sociaux ont tout gâché) la possibilité pour nos enfants martiniquais d’entrevoir des carrières dans la navigation, des vocations qui peuvent naître, du rêve plein les yeux.
        Non Jojo, vous nous réservez vos litanies déclinées à toutes les sauces, sans rapport avec quoi que ce soit, ici en l’occurrence une grande aventure.

    2. Malheureusement un amalgame stupide sans rapport avec la réalité …
      La TJV est un événement sportif et technologique extraordinaire et une très grande aventure humaine , c’est une chance et opportunité de promouvoir notre Martinique, entendre ces détracteurs stupides qui par ailleurs ne font rien pour enrichir leur île me fait honte . Bravo au contraire à toutes ces énergies positives !

  2. Tout l’article est basé sur le postulat de l’introduction qui est une invention mensongère, un fantasme ( ça ne s’écrit pas avec « ph », Jeph..,,
    Et nous voici parti à lire une litanie aussi insipide que pleine d’inventions fantasmatiques de Lafontaine.
    Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se brise ! Comme d’ailleurs se briserait tout rêve d’enfant de devenir un jour navigateur sur les mers si par malheur on le forçait à lire vos redondances indigestes
    On sent une personne aigrie en vous.
    Mes parents qui ont connu l’occupation allemande n’ont tenu aucune rancune aux descendants de nazis – vous avez de la haine envers tout ce qui n’est pas descendant d’esclaves
    Souvenons nous, enseignons ces tristes faits mais arrêtons de ressasser à l’envi

    1. Vous oui vous cher nous n’avons pas de leçon à recevoir de voous. Bien sûr ce n’est que de l’histoire et nous ne pouvons rien y remédier, ni refaire mais il est tellement essentiel pour nous Antillais négroïde qu’il y ait cette exégèse. D’essayer d’expliquer ces comportements (épigénétique), ces biais c’est donner du sens au futur de ce peuple. Enfin tout ce dont vous abhorrez se résume dans ce billet. Passez votre chemin et laissez les se retrouver pour donner du sens à leur vie.

  3. Je ne vois pas bien- dans cet article, « la haine envers tout ce qui n’est pas descendant d’esclaves » dont Karl accuse l’auteur. D’accord avec lui, par contre, sur la rhétorique trompeuse, car basée sur un faux postulat de départ.

    Il faut être assez naïf en effet – je parle du lecteur – pour croire au fait qu’une multinationale, rompue aux techniques du marketing, ait pu simplement imaginer faire prospérer ses produits sur la promesse sulfureuse « de faire revivre cette route des Hommes réduits en esclaves dite aujourd’hui Route du Café » !

    De fait, s’il est indéniable que les armateurs du Havre ont pratiqué, à son époque, le commerce triangulaire, la « route du café » Brésil – Le Havre ne prospère que dans la seconde moitié du du XIXème siècle, en ligne droite (cf la conclusion de l’article !), et donc sans esclaves à l’aller dans les cales. Avant cette période, Le Havre s’était tardivement hissé au rang des grands ports de commerce du café, via des liaisons avec le Suriname, puis Saint Domingue. L’hypothèse que Jacques Vabre ait voulu associer sa marque, via une course transatlantique, à une liaison maritime symbole d’une période d’accélération exceptionnelle des transports maritimes, et justement pas de la traite, semble donc bien plus plausible (1).

    Sous cette hypothèse, on peut vous retourner, Monsieur Lafontaine, l’ensemble de vos propos quant au « drame de la falsification de l’histoire »… la préférence à « naviguer dans le mensonge », voire l’ « ignominie (sic) que de ne garder qu’une partie de l’histoire ».. . (car sinon, du coup, comment qualifier la convocation de Césaire, en argument d’autorité, au soutien de ce pamphlet plutôt discutable?)

    Ces procédés desservent, à mon avis, l’un de vos buts affichés, par ailleurs défendable : soutenir une production locale martiniquaise. Encore faudrait-il raisonner là aussi sur des hypothèses réalistes : pointer une volonté des élus de « mise à mort des entreprises Martiniquaise de café », sans relever l’exceptionnel rayonnement international de la Martinique à l’occasion de cette course, ne l’est probablement pas.

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    (1) Cf Wikipédia, « Histoire de la caféiculture » : « Les années 1830-40 voient Le Havre décoller, pour vivre son apogée de 1850 à 1914, comme 2e port européen pour le café, grâce à ses « hirondelles de Rio », navires légers spécialisés dans le transport du café. À partir de 1860, le café brésilien représente la moitié des arrivages havrais, grâce à un traité de commerce qui permet au Havre de confirmer son leadership européen pour l’importation de café. « La route du café », deux à trois mois, se raccourcit grâce à des bateaux plus rapides construits par l’Union des chargeurs, un groupement de négociants havrais: le 17 novembre 1866, le « Reine-du-Monde » accoste avec 10 000 sacs de café, acheminés depuis Rio en trente-sept jours, nouveau record »

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