Médiation: Echec et mat!

L’intersyndicale des professionnels de santé a tenu ce dimanche matin 14 novembre une réunion d’information sur les suites qu’elle entend donner après le refus exprimé par les médiateurs de la recevoir. Quel courage, quelle détermination, quelle abnégation, affichés par ces soignants méprisés, tabassés, insultés, menacés de privation de subvenir à leurs besoins élémentaires. Comment interpréter ces projets de licenciements qui vont ôter le pain de la bouche de mères de famille, de pères de famille, et d’enfants de Martinique. C’est une menace de mort !

Que s’est-il passé ?
En fait rien de nouveau dans l’attitude de ces médiateurs habités par « l’esprit colonial ». Cet esprit qui alimente encore les rapports condescendants, inéquitables, injustes, entre les pays du Nord et les peuples du Sud, de même qu’il nourrit encore les rapports entre le peuple Martiniquais et les dirigeants Français. Français à part entière, Français comme tous les autres, solidarité nationale, hexagone, métropole… sont des rappels ministériels incessants qui tentent de conjurer une différenciation d’espace, d’histoire, de culture, d’environnement, de rapport aux urgences et aux risques qui sont singuliers et qui n’ont rien à voir avec ceux de la France.
Ces médiateurs français avaient pour mission d’activer la vaccination en Martinique dans un périmètre de discussion restreint aux seuls soignants du CHUM. L’intersyndicale a fait des réserves sur la composition de la délégation ministérielle, et des propositions pour que cette médiation se tienne dans les règles de l’art et dans des conditions qui favorisent la réussite de la démarche.

Aucune réponse des autorités.
A ce jour, ni le Ministre de la santé, ni les médiateurs, ni le président du conseil exécutif de la CTM, n’ont répondu aux courriers de l’intersyndicale représentée par leur avocat. Ces « autorités » ne se sont jamais adressés directement à l’intersyndicale. Elles ont systématiquement fait connaitre leur position par communiqué de presse. Le dernier date d’aujourd’hui dimanche 14 novembre.
En fait les autorités ministérielles et le président de l’exécutif se complaisaient dans des ’échanges épistolaires directs, sans jamais interroger ni solliciter l’intersyndicale. Un entre soi bon chic bon genre, digne de ce club fermé des dirigeants hors sols très occupés qui considèrent les souffrances des soignants comme des coquetteries de langage. Quel mépris pour les soignants et plus largement pour l’ensemble des martiniquais.
Malgré tout, ce dimanche matin l’intersyndicale a fait savoir qu’elle restait ouverte et qu’elle répondrait à toute initiative respectueuse pour sortir du conflit. Le représentant de l’intersyndicale a précisé en outre que la mobilisation se poursuivrait jusqu’à la satisfaction de ses légitimes revendications.
Cette cavalerie ministérielle est repartie sans avoir reçu l’intersyndicale, avec le souvenir amer d’une « négraille » debout à la barre de ses affaires et tenant le cap fixé par plus de 70% des martiniquais.
Non à l’obligation vaccinale !
Non au passe-sanitaire !

Cet échec nous enseigne que grâce à cette crise les soignants ont mis fin à une pratique qui consistait à débarquer d’un avion, d’activer les réseaux de valets politiques, d’ajouter une touche de couleur de peau dans l’équipe pour éviter le style habituel de « délégation coloniale » et au pas de charge du héros, se vanter de porter « la bonne nouvelle », de promettre de tout effacer, de dire qu’on va tout régler une fois de retour à Paris…et on repart heureux. Souhaitons que ce gouvernement retienne la leçon.

Un sentiment de revanche qui plane.
Le dernier communiqué de presse du 14 novembre, outre des dispositions de report laisse planer une menace qui s’exprime ainsi : « La solidarité nationale s’est exercée de manière conséquente au profit de la Martinique qui, depuis le 1er août 2021 a reçu le renfort de 1.778 soignants et a bénéficié de 13 évacuations sanitaires vers l’hexagone pour un total de 80 patients. Cette solidarité tout à fait exceptionnelle, si elle devait être à nouveau sollicitée en raison d’une cinquième vague, devra prendre en compte les difficultés liées au contexte de reprise épidémique en métropole »
En clair les martiniquais ne bénéficieront pas de l’aide des soignants français compte tenu de la reprise épidémique sur le territoire français. C’est la seule bonne nouvelle de ce communiqué. Elle a été reçue avec des applaudissements. De nombreux témoignages ont démenti cette mascarade de « solidarité nationale », qui a transformé en mercenaires quelques bonnes volonté.

Qu’est-ce que cette médiation aurait changé ?
En fait toujours dans cet esprit colonial l’objectif était de rattraper le taux de vaccination en Martinique à l’égal du taux en France. Tout a été mis en œuvre. Campagne de mensonges sur les chiffres, campagne d’affichage, de télévision, Facebook incitant à la vaccination, des médias et des journalistes aux ordres, des personnels politiques dévoués et serviles, des « vaccinodromes », des « vaccinobus », confinement punitif, restriction de libertés.
Pour ceux qui feignent de l’ignorer, nous avons une démonstration de ce qu’est le bon sens du peuple martiniquais traité jadis « d’étron » et aujourd’hui d’illettrés, de pauvres.

Rien n’a fonctionné et pour cause.
Depuis plusieurs décennies rien n’a vraiment changé dans le fond, au-delà d’une infrastructure de pays dits développés avec des tours Lumina, des palaces hôteliers et de rutilantes berlines, tous les indices de développement humain entre la France, qu’on nous assène comme référence, et la Martinique accusent encore des disparités structurelles accablantes: chômage hors-normes pour toutes les catégories de nos actifs, taux de pauvreté en régulière progression, incurie en matière de santé, retard scolaire et traitement inefficace de la délinquance juvénile.
On voit bien aujourd’hui l’impuissance des technocrates et des personnels politiques d’ici et d’ailleurs à proposer une voie d’épanouissement à notre pays.
Les règles « Assimilation » et « rattrapage » ont créé attentisme, logique de guichet, économie de containers, « déresponsabilisation » plus ou moins insidieuse. Un vrai naufrage du sens de l’initiative et de l’innovation.
C’est bien la preuve que la bonne volonté lointaine, le paternalisme de la « bonne nouvelle » ou la bienveillance centralisée, ne produit aucun changement favorable aux martiniquais.

Nous n’avons rien à rattraper !
Nous avons seulement à inventer notre voie de développement !
Nous n’avons pas à colmater des brèches et des retards, nous avons à sortir globalement d’une ornière. Nous avons à déterminer nous-mêmes nos indicateurs d’évaluation, en rapport avec notre naturel, notre contexte, nos atouts, nos potentialités.
Persister dans cette voie voudrait dire qu’il n’y aurait plus rien à penser, plus rien à oser, rien à inventer, qu’il suffirait d’égaliser, de rattraper et tout ira bien ! ! Or notre différence est à la base de tous nos potentiels, elle est notre force, notre créativité, elle préside à nos initiatives et à nos capacités d’agir sur nos destins.
Notre projet doit s’inscrire dans une vision du monde, qui nous ouvrira la voie d’un nouveau rapport à la France et au monde, solidaire, actif et créatif. Un rapport non uniformisé, non subordonné et défavorisant. Un rapport de collaboration et de solidarité, et pas de soumission.
En clair, disposer d’une capacité à se doter de manière rapide et autonome, des outils nécessaires à la mise en œuvre de nos choix d’épanouissement et de sauvegarde. Une telle organisation serait le garant de notre adaptation efficace et rapide aux mutations et aux catastrophes à venir.
Cela nous évitera bien ces condescendantes cavaleries ministérielles où nos élus sont réduits à hocher la tête pour acquiescer ce qui se décide à Paris.

Le développement n’est pas cette permanente incantation d’une égalité qui gomme les différences et rattrape les « retards » à partir d’un référentiel. Elle est ce qui, dans la diversité, émerge d’une égale dignité, de la même capacité d’agir, de créer, d’intervenir sur son destin.

Jeff Lafontaine

(2 commentaires)

  1. Je suis votre site avec grand intérêt comme source sérieuse d’information alternative et résistante à la propagande des médias publics et subventionnés.
    J’aurais du, pour faire contrepoids, faire des éloges à nombre de vos articles précédents, avant d’émettre une critique concernant celui-là, mais, à ma décharge, il est constant que les critiques sont la motivation essentielle des commentaires sur les réseaux.
    Je suis toujours désappointé de constater, chez des intellectuels martiniquais, ce qui me semble une légèreté à user du tropisme colonial pour décrire des faits que la simple hypothèse des rapports de force sociaux suffit à expliquer, sans en rajouter. Non pas qu’il faille gommer l’importance de l’histoire et des différences entre les peuples, ni leur impact sur le présent. Simplement, d’après moi, les cantonner là où ils deviennent nécessaires dans le raisonnement. N’est-ce pas le rôle d’un intellectuel, de soumettre ses passions au filtre de la raison ?

    Partant, ne voyez-vous pas la parfaite similitude de destin entre le sort des soignants hexagonaux résistants et celui de leurs confrères et consoeurs martiniquais ? Le gouvernement oligarchique en place use-t-il de rapports moins « condescendants, inéquitables, injustes » envers les premiers qu’envers les seconds ? De plus de machiavélisme ici que là-bas ? Je conçois que vous soyez plus sensible quand il manque, au « pain de la bouche de mères de famille, de pères de famille, et d’enfants de Martinique » Mais n’y a -t-il pas aussi dans votre raisonnement un biais politique, qui met la charrue avant les boeufs, à se situer d’emblée dans le cadre de rapports entre pays du Nord et du Sud ? Vous suggérez relever dans votre analyse socio-économique – « chômage hors-normes pour toutes les catégories de nos actifs, taux de pauvreté en régulière progression, incurie en matière de santé, retard scolaire et traitement inefficace de la délinquance juvénile  » des spécificités martiniquaises. Ne voyez-vous toujours pas le parallèle entre 2009 ici, et la révolte des gilets jaunes là-bas, qui s’étend bientôt à des CSP jusque là protégées?
    Dans les 2 cas, révolte sociale, et révolte sanitaire, la Martinique est en première ligne, et honneur lui soit rendu; Mais le peuple hexagonal n’est pas en reste, qui apporte, avec les gilets jaunes, la nouveauté d’une revendication démocratique majeure, par le RIC.
    Je vois donc pour ma part, dans la situation présente de rapports de force très disproportionnés, bien plus de fruits porteurs d’avenir à associer les luttes, dans le creuset de la nation – peuple uni contre oligarchie – qu’à s’en tenir à la seule singularité coloniale, pour « inventer notre voie de développement »

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