“Deux ans en “Absurdistan”!”

TRIBUNE – Dans un texte volontiers provocateur, l’écrivain Alexandre Jardin, dresse la liste des absurdités décidées par le gouvernement depuis le début la crise sanitaire. En vingt-quatre mois, l’exécutif et l’administration auront, selon lui, fait preuve d’une «inventivité prodigieuse» dans la folie bureaucratique.


La vraie folie commence quand on la normalise. Adolescent, je pris progressivement conscience que ma famille pratiquait la haute démence dans une version honorabilisée, chiquisée, artistisée qui plaisait beaucoup. Mes parents furieusement improbables aimaient plus que de raison, les enfants étant priés de survivre.

Je sus donc très tôt que les adultes étaient déments, peu fiables, virtuoses de l’incohérence et portés au haut délire. Et qu’ils cultivaient avec minutie l’art de normaliser la folie en la rendant honorable.

Mais je n’avais encore pas compris que la cinglerie de ma famille pouvait être dépassée par un gouvernement «normal» d’aspect, d’une inventivité prodigieuse.

Ado, je n’aurais jamais imaginé qu’en deux années fulgurantes on verrait l’État tricolore inventer sans rire des auto-autorisations signées par soi-même pour circuler en temps de confinement, que le masque serait d’abord jugé inutile par un ministre qui, sans crier gare, déciderait ensuite de verbaliser tout récalcitrant au port, que des élus locaux seraient pour de vrai empêchés par l’État de fournir des masques à leurs concitoyens. Que les pharmacies seraient d’abord verbalisées si elles étaient assez sournoises pour vendre des masques aux Français avant qu’on les prie de devenir des centres de vaccination! Que notre grande distribution mastodonte – disposant de très performants systèmes d’achats en Asie – serait d’abord interdite d’importation des masques par les crânes d’œuf géniaux de Bercy au motif que «l’affaire était régalienne vu sa gravité»!

Que plus de 5700 lits d’hospitalisation complète seraient fermés en 2020 par nos mini-Colbert talentueux, histoire de dédaigner la pandémie en suivant un majestueux plan de réduction des capacités hospitalières. Que des bureaucrates futés imagineraient les pistes de ski sans remontées mécaniques. Qu’en pleine pénurie de personnel médical nos technos prodiges auraient la riche idée d’interdire carrément au personnel médical non vacciné de soigner les gens, même en produisant des tests négatifs, préférant réserver ces emplois à des vaccinés pour partie porteurs du virus. Que l’État français, jadis piloté par des amoureux du livre, prendrait la fulgurante initiative de fermer les librairies au moment de l’enfermement du peuple, en faisant (pour de vrai) bâcher les bouquins accessibles dans les Monoprix. Qu’une très étrange haine des petits commerçants inciterait – sans contrepartie – l’État à franchement favoriser Amazon! Et qu’un confinement général laminant nos finances – inenvisagé par les plans publics sérieux et médités anticipant des catastrophes – serait décidé sur un coin de table en un quart d’heure, sans réflexion stratégique.

Puis qu’aucune métaanalyse indiscutable ne viendrait ensuite confirmer que cette démence grégaire aurait eu une efficacité certaine pour protéger la population, vu que les confinements ont sans doute probablement détruit plus d’années de vie qu’ils n’en ont épargnées car toute paupérisation raccourcit l’espérance de vie des plus fragiles. Que le gouvernement de la France, jadis assez niaise pour avoir le souci de ses enfants, ferait le choix top moderne de privilégier les plus anciens qui votent plutôt que le destin de sa jeunesse peu votante. Que nos ARS glorieuses se révéleraient capables de refuser l’aide des labos vétérinaires compétents, de refuser les gels antiseptiques produits par des industries non pharmaceutiques viscéralement civiques.

Que l’État prendrait avec une excitante légèreté la décision d’endetter les quatre générations suivantes au motif que «l’argent est gratuit» (comme si les taux n’allaient pas remonter un jour ou l’autre!). Que la même équipe gouvernementale, très féconde, aurait l’idée de déshabituer une partie de la nation à bosser dur, de façon que nombre de secteurs clés de notre économie ne parviennent plus, et pour longtemps, à trouver du personnel! Que l’État, aux mains d’êtres assez burlesques, aurait la frivolité réjouissante de laisser croire aux citoyens que l’argent magique est disponible, il suffit de le vouloir: yes we can! Que les citoyens médusés verraient la France s’installer à la cool dans un régime d’exception suspendant les mécanismes démocratiques classiques au profit de la technocratie régnante. Que nos crânes d’œuf sélectionnés comme il se doit et inlassablement imaginatifs, se mettraient en tête d’inventer une sous-catégorie de citoyens punis, rétrogradés dans leurs droits – les non-vaccinés, cette vermine scélérate.

Jamais je n’aurais sérieusement songé que des chiffres bizarres seraient brandis soir et matin sur les chaînes d’info de manière à saccager le moral de la nation, au cas où de très inciviques citoyens auraient encore l’idée tout à fait déplacée de vouloir être confiants, heureux et positifs. Et puis que le chef de notre gouvernement apparaîtrait un soir à la télé dans sa plus belle livrée pour nous informer que le pop-corn au cinéma et les Snickers dans le TGV, c’est fini. Sans que personne dans son cabinet d’intelligents brevetés ne lui aie chuchoté: «Le pop-corn et les Snickers, et l’interdiction du petit café debout vu que le virus épargne les citoyens assis, ça ne va pas le faire… on va passer pour des baltringues!»

Et puis l’inconcevable advint : la même équipe inspirée, garante d’un système vertical étatiste bureaucratique imbattable, experte en normalisation de la folie, a eu l’idée exaltante de proposer aux Français de poursuivre l’aventure! The show must go on! On ne change pas une dream team qui atteint un tel score en deux brèves années.

Trop fort!

En vingt-quatre mois épatants, les démences de ma famille ont été battues à plate couture. Seule la bureaucratie française et ses GO en étaient capables. Des génies!

 © Alexandre Jardin

Le FIGARO

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