Le Respect ! Une urgence absolue.

Quand pendant longtemps les élus ont promis au peuple la possibilité de prendre en charge sa propre destinée.
Quand pendant longtemps il fallait reporter l’échéance à demain au motif d’impréparation du « conscient collectif ».
Quand pendant longtemps d’échéance en échéance, le moratoire s’est figé dans le marbre.
Quand pendant longtemps les élus n’ont eu de réponses aux mécontentements que des appels au calme et des condamnations de la « violences » des jeunes. On ne doit plus s’étonner de rien.

Le pouvoir est à la rue.
Aujourd’hui le constat est fait, ces idéaux sont trahis.
Quand on voit l’empressement de certains à aller adouber en pleine crise le tenant du pouvoir absolu dans les mondanités institutionnelles. Ou encore d’autre brandir un énième mandat de présidence déjà occupé dont on ne se souvient pas de l’efficacité de son action en faveur des « ultra-périphériens.
Pour l’instant, les élus sont silencieux mais ils essayeront par malice une pirouette dont ils ont le secret pour apaiser la situation et sortir la tête haute.
Ils méprisent et refusent les demandes de discussions et de négociations en s’adressant directement au pouvoir central.
Quel responsable politique de Martinique ou de France peut dire aujourd’hui sérieusement qu’il ignorait que la Martinique était une véritable poudrière ? Nous vivons dans un pays paradoxal depuis trop longtemps déjà où tout le monde fuit ses responsabilités. C’est la société du « compère lapin ».

Un système colonial persistant.
Aujourd’hui, une écrasante majorité des martiniquais refuse de se plier à l’obligation vaccinale et plus largement à la gestion catastrophique d’une crise dite sanitaire, pilotée par une minorité ethnique qui s’accapare la totalité des postes clefs d’encadrement de la fonction publique d’Etat. Ce communautarisme institutionnel est le fruit d’un long passé colonial qui fait que dans les apparences d’organisations administratives, d’infrastructures, et d’aménagements d’espaces la Martinique ressemble à un pays développé. Malheureusement cette communauté maintient un esprit colonial qui consiste à faire présider le mépris, la violence, l’insulte et la discrimination à toute forme de relations humaines avec les martiniquais, de manière insidieuse ou clairement affichée.
Une telle situation crée des malaises profonds entre les français résidents en Martinique et les martiniquais qui ont, pour une bonne partie réglée la question des vestiges de l’esclavage, et du colonialisme. En effet ils se marient entre eux, se fréquentes, travaillent, investissent ensemble et dénoncent aussi ensemble cette communautarisation de de la présence de l’état français en Martinique, qui se comporte comme un véritable état colonial. Ils ont bien compris qu’il ne s’agit pas de couleur de peau, mais de système qui utilise la couleur de peau comme outil de sa politique de division et de domination.
Cet État colonial refuse de comprendre que la Martinique est un peuple à part entière qu’il ne parvient à maintenir dans l’ensemble français que par la violence et le chantage « alimentaire » à coups de prestations sociales destinées à traiter la misère et le chômage chronique que génère le mal développement économique.
Un État colonial qui dispose d’une justice « injuste » qui ignore les légitimes demandes de réparations pour l’esclavage et pour l’empoisonnement à la Chlordécone,
Un Etat colonial qui maintient par l’impunité, la corruption politique pour capter la collaboration du personnel politique.
Un Etat colonial qui condamne lourdement à tours de bras la moindre opposition au système.
Un Etat colonial qui dispose d’un système d’acculturation qui transforme notre histoire en récits d’aventuriers, notre spiritualité en croyances maléfiques et notre culture en folklore. La promotion de la fameuse transat Jacques Vabre en est l’illustration parfaite.
Un Etat colonial qui entretient une classe politique incapable de comprendre et de répondre aux aspirations du peuple martiniquais.

Une représentation politique légitime et pas représentative
Cette classe politique traditionnelle par son attitude renforce d’année en année l’abstention jusqu’à présider aux destinées de la Martinique avec moins de 20% du corps électoral.
Une classe politique jusqu’aujourd’hui incapable de conduire une politique économique émancipatrice pour donner de l’espoir aux martiniquais et en particulier aux jeunes qui fuient le pays en masse.
Une classe politique qui entretient une économie de rente, faite de monopoles et d’oligopoles, qui maintient des privilèges et étouffe les initiatives innovantes souvent portées par des martiniquais très talentueux qui finissent par jeter l’éponge devant ce système de connivence et de passe-droit institutionalisé.
Les partis politiques martiniquais et les divers mouvements patriotiques ne sont pas encore parvenus à faire une synthèse et proposer un projet clair pour sortir de l’impasse voire accéder à l’émancipation.

Une population martiniquaise « schizophrénique »
Cette situation dure depuis longtemps et les martiniquais sont bien conscients des réalités, de la corruption et des connivences qu’ils dénoncent régulièrement et encore aujourd’hui. Ils continuent tout de même élections après élections à réélire celles et ceux qui depuis des générations sont les responsables du désastre d’aujourd’hui. La grande majorité des martiniquais est prise d’une peur panique de se prendre en mains.
Sommes nous une fois de plus dans une situation déjà vécue de l’histoire de la Martinique ? Les jeunes sont aussi sur les barrages, le mouvement social est en place, l’obligation vaccinale, le passe-sanitaire, l’incurie de la politique sanitaire en sont les catalyseurs. Nous devons cette fois sortir de cette situation par une solution politique qui réécrit nos rapports avec la France. Il ne s’agira pas de demie mesure mais d’une véritable politique de développement économique, sociale et culturelle.

Cela ne peut s’appeler pour l’instant, ni autonomie, ni indépendance ni statuquo !
Mais dans l’urgence cela s’appelle RESPECT ! Ce qui ne nous absout pas à préparer l’avenir car les situations de crise sont toujours des opportunités pour tenter, en répondant à l’urgence et en parant au plus pressé, de s’efforcer de traiter l’essentiel. La prise de responsabilité doit être le cap.
Ce qu’il y a de plus frappant dans les politiques mises en œuvre jusqu’alors, c’est la constance avec laquelle la notion de responsabilité collective martiniquaise a été mise de côté avec l’assentiment de la classe politique qui pourtant plaide à l’image de Sisyphe le changement de statut institutionnel.
Les verrous de la situation institutionnelle actuelle ne doivent pas nous servir de bouclier de renoncement ou de prétexte incantatoire pour ne rien faire. Nous devons être capables d’investir tout le champ actuel, de le pousser au plus extrême, et même de ses contradictions, de défricher de manière créatrice l’espace de ses possibles.
L’idée est de nous efforcer de faire que cette « écoute particulière » provoquée par la crise, puisse défaire des rigidités, crever des impossibles, briser des ossifications : ouvrir la voie à un projet d’ensemble capable de rassembler les martiniquais autour de leur propre développement, pensé par eux et mis en œuvre par eux.
Quand le peuple est mobilisé à ce point, alors on ne se croise pas les bras, on avance, on emprunte toutes les traces disponibles, sans perdre le cap. Cette aspiration à la liberté n’a pas besoin d’articles de loi pour se ceindre les reins et commencer à se confronter aux exigences du réel. Les constitutions et les articles de loi ne sont que des outils au service d’une vision.
Le cap de la responsabilité ouvre d’abord à la vision et génère le moment venu les modifications institutionnelles qui lui seront utiles.
C’est un impératif !

Jeff Lafontaine

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